Il y a une différence que j’ai mise un moment à nommer clairement, entre animer une formation générale BAFA et animer un stage d’approfondissement. La différence ne tient pas au thème abordé. Elle tient à ce que les stagiaires ont dans les yeux quand ils arrivent.
En formation générale, ils arrivent avec des questions théoriques. En approfondissement, ils arrivent avec des questions vraies. Des situations concrètes qui se sont passées pendant leur stage pratique. Des moments où ils n’ont pas su quoi faire. Des groupes qui ont résisté. Des nuits où les enfants ne dormaient pas. Des activités qui se sont effondrées. Ce vécu-là change complètement ce qui peut se passer dans une salle de formation.
C’est ça, le déroulé d’un stage d’approfondissement BAFA que je veux vous décrire ici. Pas la liste des thèmes disponibles, que vous trouverez facilement. Mais ce qui s’y joue de particulier, depuis la position de quelqu’un qui les anime.
Ce que dit le cadre, brièvement
Le stage d’approfondissement est la troisième et dernière étape du parcours BAFA, d’une durée minimale de six jours. Il se déroule après le stage pratique, en internat ou en externat, en continu ou en deux parties sur une période n’excédant pas deux mois. Il peut, à la différence du stage pratique, se tenir à l’étranger.
À l’issue de cette session, le directeur de formation transmet un avis motivé qui vient compléter les évaluations des deux étapes précédentes. C’est cet ensemble qui est examiné pour valider le BAFA définitivement. En cas d’avis défavorable sur l’approfondissement, le stagiaire dispose de douze mois pour recommencer cette session.
Le thème choisi peut porter sur un public spécifique (petite enfance, adolescents, enfants en situation de handicap), sur un type d’activité (grands jeux, activités de plein air, expression artistique, numérique), ou sur une structure particulière (périscolaire, séjour de courte durée). Ce choix oriente le contenu de la session, mais il ne détermine pas entièrement ce qui s’y passe.
Ce qui distingue cette étape des deux premières
Je l’ai dit en ouverture, et je veux y revenir parce que c’est vraiment ce qui compte le plus : les stagiaires arrivent avec du vécu.
Ce changement de posture est profond. En formation générale, on travaille sur des situations hypothétiques, des mises en situation entre pairs, des projections sur ce que « ça sera ». En approfondissement, on travaille sur ce qui s’est réellement passé. Et cette réalité, elle est à la fois plus riche et plus inconfortable.
Il y a presque toujours, dans chaque groupe, quelqu’un qui arrive avec un stage pratique difficile : un conflit d’équipe non résolu, un enfant qu’il n’a pas su accompagner, une journée qui a mal tourné et qu’il n’a pas pu analyser correctement sur le moment. Le temps du bilan en début de session d’approfondissement est souvent le plus dense de toute la formation BAFA. Pas parce qu’il y a plus à apprendre, mais parce qu’il y a enfin quelque chose de concret à partir de quoi apprendre.

Comment se structure concrètement une semaine d’approfondissement ?
Sans vouloir décrire un planning type qui varierait de toute façon selon l’organisme et le thème, il y a une architecture commune à la plupart des sessions que j’ai animées ou observées.
Les premiers jours sont consacrés au bilan du stage pratique et à l’identification des besoins de chacun. C’est souvent là que les stagiaires découvrent qu’ils n’étaient pas les seuls à avoir rencontré telle ou telle difficulté. Cette reconnaissance collective a un effet réel sur l’engagement dans la suite de la formation.
La partie thématique occupe ensuite le cœur de la session. Si le thème est « petite enfance », on revient sur le développement de l’enfant de zéro à six ans avec une profondeur qu’une formation générale ne peut pas atteindre. Si c’est « enfants en situation de handicap », on travaille sur l’adaptation des activités, la relation avec les familles, les outils de communication non verbale. Le thème n’est pas une conférence à suivre : c’est un terrain à explorer à partir de ce qu’on a vécu.
Avez-vous déjà remarqué comme une question théorique change de nature quand on l’aborde après avoir été confronté au problème sur le terrain ? La question « comment gérer un enfant qui refuse de participer à toutes les activités » se pose très différemment selon qu’on n’a jamais encadré d’enfants ou qu’on sort d’un stage pratique où c’est arrivé trois fois.
Les derniers jours sont généralement consacrés à la projection vers la pratique future : comment transférer ce qu’on a appris ou approfondi, comment continuer à se former, comment trouver des emplois ou des bénévoles dans l’animation.
Ce que j’observe sur la question du thème
Il y a une tendance que je trouve dommage, et que je vois régulièrement : des stagiaires qui choisissent leur thème d’approfondissement uniquement en fonction de ce qui leur plaît, sans tenir compte de ce dont ils ont réellement besoin après leur stage pratique.
Un animateur qui a eu du mal à gérer les conflits dans son groupe ferait sans doute mieux de choisir un approfondissement sur la communication ou la gestion de groupe plutôt qu’un thème sur les activités nature, même si ce dernier l’attire davantage. Ça dépend vraiment de chacun, et de ce que son bilan de stage pratique révèle comme points à consolider.
Je ne dis pas que le plaisir n’a pas sa place dans ce choix. Mais l’approfondissement est la dernière chance d’aller chercher ce qu’on a manqué dans les deux premières étapes. C’est dommage de ne pas s’en servir.
Ce que j’en retiens, après des années à les conduire
Ce que je préfère dans ces six jours, c’est le moment où un stagiaire comprend quelque chose sur lui-même qu’il n’avait pas vu pendant le stage pratique. Parfois c’est une force qu’il avait minimisée. Parfois c’est une limite qu’il avait évitée.
Ce retour sur soi, à partir de l’expérience réelle, est ce que l’approfondissement fait de mieux. Pas la thématique, même si elle compte. Pas l’évaluation finale, même si elle pèse. C’est cette capacité à regarder ce qu’on a vécu avec un peu plus de recul et d’honnêteté.
Pour tout ce qui concerne les délais et la structure générale du parcours BAFA, les informations complètes sont dans l’article sur les étapes pour obtenir le BAFA.
Et ça, c’est déjà beaucoup.
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Asma
Je suis animatrice diplômée BPJEPS LTP et formatrice BAFA en Île-de-France. Mon parcours, je l'ai construit sur le terrain auprès d'enfants et d'adultes en situation de handicap, dans des séjours adaptés, aux côtés de structures qui cherchaient à faire autrement. Ce que j'ai appris de toutes ces expériences, c'est qu'aucune méthode ne vaut si elle ne vous ressemble pas. C'est dans cet esprit que j'écris ici, avec soin, avec précision, et sans prétendre avoir le dernier mot.
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