Parentalité positive

Communication non-violente : ce qu’on oublie d’apprendre

30 juin 2026 · 5 min de lecture
Communication non-violente : ce qu’on oublie d’apprendre

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Un enfant renverse une chaise en pleine crise, devant un groupe de huit autres enfants qui me regardent attendre ma réaction. Mon premier réflexe, intérieur, n’a rien de bienveillant. C’est un réflexe de fatigue, d’agacement, parfois carrément de colère. Et c’est précisément à cet instant-là, avant toute formule de communication non-violente, que tout se décide.

On parle beaucoup de la communication non-violente comme d’un ensemble de phrases à dire : observer sans juger, exprimer un sentiment, nommer un besoin, formuler une demande claire. C’est la structure que Marshall Rosenberg a posée, et elle est précieuse. Mais si je dois être honnête avec vous, ce n’est pas la partie qui m’a coûté le plus à apprendre. La partie difficile, c’est tout ce qui se passe avant la phrase.

Ce qu’on demande vraiment à l’adulte

J’ai accompagné des enfants en situation de handicap pendant plusieurs années, dans des contextes où les comportements explosifs faisaient partie du quotidien, pas de l’exception. Et j’ai compris assez vite que la communication non-violente, telle qu’on l’enseigne souvent, suppose un préalable qu’on oublie de nommer : l’adulte doit déjà être en mesure d’observer son propre état avant de pouvoir observer celui de l’enfant.

Quand on est fatigué, débordé, qu’on a déjà géré trois crises dans la matinée, la formule magique « je vois que tu es en colère, j’imagine que tu as besoin de… » sonne creux. Pas parce qu’elle est mauvaise. Parce qu’on n’a plus la disponibilité intérieure pour la porter sincèrement.

C’est souvent là que tout se joue, en réalité : pas dans le choix des mots, mais dans l’état de l’adulte au moment où il les prononce.

Une technique qui ne fonctionne pas sans cette base

communication non-violente eveil avec asma

La communication non-violente s’appuie sur quatre étapes que vous avez peut-être déjà croisées : observer les faits sans les interpréter, identifier le sentiment qu’ils provoquent, repérer le besoin qui se cache derrière ce sentiment, puis formuler une demande concrète. Sur le papier, c’est limpide.

Dans la pratique, la difficulté commence dès la première étape. Observer sans juger demande un entraînement réel, parce que notre langage spontané est saturé d’interprétations. Dire « tu es agressif » n’est pas observer, c’est déjà juger. Dire « tu as poussé ton camarade deux fois en cinq minutes » est une observation. Cette nuance paraît mineure. Elle ne l’est pas.

Lors des formations BAFA que j’anime, c’est souvent l’exercice le plus déstabilisant pour les stagiaires. Ils découvrent à quel point leur vocabulaire habituel est rempli de jugements qu’ils ne percevaient même pas comme tels.

Ce que la CNV ne résout pas toujours

Il faut le dire franchement, parce que je trouve dommage qu’on présente parfois cette approche comme une solution universelle : la communication non-violente ne fonctionne pas instantanément, et elle ne fonctionne pas seule.

Avec un enfant en pleine crise sensorielle, par exemple, le moment n’est tout simplement pas propice à un échange verbal structuré. Le cerveau en surcharge émotionnelle n’a pas accès au langage de la même façon. Dans ces moments-là, ce dont l’enfant a besoin, c’est d’abord d’un espace pour redescendre, pas d’une formule bien construite. La communication non-violente vient après, pas pendant.

Et puis il y a une réalité que les guides théoriques mentionnent peu : ça dépend vraiment de la relation déjà construite avec l’enfant. Une phrase en CNV prononcée par un adulte que l’enfant ne connaît pas n’a pas le même poids que la même phrase venant d’un adulte de confiance. La structure des mots ne remplace pas le lien.

Ce que j’ai gardé, au fil du temps

cnv groupe enfants eveil avec asma

Ce qui m’a le plus aidée, ce n’est pas de mémoriser les quatre étapes. C’est d’intégrer une question simple, presque silencieuse, avant chaque réaction : qu’est-ce qui se passe vraiment pour cet enfant en ce moment ?

Pas ce qu’il fait. Ce qui se passe pour lui.

Cette question change la nature du regard qu’on porte sur un comportement. Un enfant qui crie n’est pas en train de « faire un caprice » : il communique quelque chose qu’il n’a pas encore les mots pour dire autrement. Et vous, en tant que parent, avez-vous déjà remarqué à quel point une colère d’enfant change de visage dès l’instant où on cesse de la voir comme une opposition ?

La communication non-violente, dans ce qu’elle a de plus juste, n’est pas une technique de gestion des comportements. C’est une façon de continuer à voir l’humain derrière le comportement, même quand il vous épuise.

Et concrètement, par où commencer

Si vous voulez vous y mettre, commencez petit. Pas avec les grandes crises, qui sont les situations les plus difficiles à pratiquer en débutant. Entraînez-vous d’abord sur des moments calmes, en reformulant simplement ce que vous observez sans y ajouter de jugement. « Tu n’as pas terminé ton assiette » plutôt que « tu ne fais jamais d’efforts pour manger ».

C’est un travail lent. Il n’y a pas de raccourci. Mais chaque fois que vous réussissez à nommer un fait sans le charger d’un jugement, quelque chose s’assouplit dans la relation. Et c’est déjà beaucoup.

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Portrait d'Asma

Asma

Je suis animatrice diplômée BPJEPS LTP et formatrice BAFA en Île-de-France. Mon parcours, je l'ai construit sur le terrain auprès d'enfants et d'adultes en situation de handicap, dans des séjours adaptés, aux côtés de structures qui cherchaient à faire autrement. Ce que j'ai appris de toutes ces expériences, c'est qu'aucune méthode ne vaut si elle ne vous ressemble pas. C'est dans cet esprit que j'écris ici, avec soin, avec précision, et sans prétendre avoir le dernier mot.

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