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Activité théâtre-forum avec des enfants : rejouer pour mieux faire

30 juin 2026 · 6 min de lecture
Activité théâtre-forum avec des enfants : rejouer pour mieux faire

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Deux enfants se disputaient une place sur le banc, l’un poussant l’autre sans ménagement pour s’asseoir le premier. Plutôt que d’intervenir directement comme je le fais habituellement, j’ai proposé au groupe de rejouer la scène, en cherchant ensemble une autre façon de faire. Un enfant, plutôt discret d’habitude, a levé la main. Il a remplacé celui qui poussait, et a simplement demandé : « Je peux m’asseoir avec toi ? » La scène s’est arrêtée là. Personne n’a applaudi, personne n’a commenté. Mais quelque chose, dans le silence qui a suivi, m’a semblé plus fort qu’une explication que j’aurais pu donner moi-même.

C’est cette expérience-là qui m’a fait découvrir, sans le nommer encore, ce que recouvre le théâtre-forum. Une activité née pour des contextes bien plus lourds que celui d’un banc disputé, mais dont les principes fonctionnent étonnamment bien dans le quotidien le plus ordinaire d’un groupe d’enfants.

Ce que recouvre cette technique

Le théâtre-forum a été développé dans les années 1960 par le metteur en scène brésilien Augusto Boal, à l’origine pour résoudre des situations d’oppression dans les favelas de São Paulo. Le principe est simple à décrire : on rejoue une scène de conflit ou de difficulté, une première fois telle qu’elle s’est réellement déroulée, puis le public est invité à intervenir, à remplacer un personnage, à proposer une autre façon d’agir, pour observer ce que ce changement modifie dans le déroulement.

Avec des adultes ou des adolescents, on l’utilise souvent pour traiter des sujets lourds, le harcèlement, les discriminations, les violences. Avec de plus jeunes enfants, en centre de loisirs ou à la maison, l’usage que j’en fais reste beaucoup plus modeste, mais le mécanisme central demeure le même : permettre à l’enfant d’expérimenter, dans un cadre sécurisé, une alternative à une situation qu’il vit difficilement.

Pourquoi rejouer fonctionne mieux qu’expliquer ?

Quand un conflit éclate entre enfants, notre premier réflexe consiste souvent à intervenir verbalement, à expliquer ce qu’il aurait fallu faire. Cette explication, même bienveillante, reste abstraite pour l’enfant. Il l’entend, mais il ne la vit pas. C’est une limite que je retrouve aussi dans l’usage de la communication non-violente : connaître la bonne formule ne suffit pas toujours, encore faut-il avoir eu l’occasion de l’incarner concrètement.

Le théâtre-forum inverse cette logique. Plutôt que de dire ce qu’il fallait faire, on donne à l’enfant l’occasion de l’incarner, physiquement, devant les autres. Cette différence n’est pas mineure. Le jeu passe par le corps et les émotions, ce qui facilite l’implication et l’ancrage de l’expérience, bien davantage qu’une explication purement verbale.

C’est souvent là que tout se joue, d’ailleurs : pas dans le commentaire de l’adulte après la scène, mais dans l’instant même où l’enfant cherche, sur le moment, comment formuler ou agir différemment.

Une difficulté qu’on nomme rarement

activité théâtre-forum avec des enfants eveil avec asma

Il y a un aspect de cette activité que je trouve peu évoqué dans les ressources généralistes, et qui me semble pourtant central : monter sur scène pour remplacer un personnage demande un vrai courage social, surtout pour un enfant timide ou peu à l’aise face au regard du groupe.

Tous les enfants ne se porteront pas volontaires spontanément, et ce serait une erreur de forcer cette participation. J’ai vu des enfants observer plusieurs séances de théâtre-forum sans jamais intervenir, avant de se lancer, des semaines plus tard, sur une scène qui les touchait particulièrement. Ça dépend vraiment du tempérament de chacun, du temps qu’il faut pour se sentir suffisamment en sécurité dans le groupe.

Avez-vous déjà remarqué à quel point certains enfants ont besoin d’observer longuement avant d’oser intervenir, là où d’autres se lancent immédiatement ? Le théâtre-forum, bien mené, respecte ce rythme différencié. Personne n’est obligé de monter sur scène. Le simple fait d’observer, de réagir verbalement depuis sa place, constitue déjà une participation à part entière.

Comment l’adapter à un groupe d’enfants plus jeunes ?

Pour des enfants de maternelle ou de primaire, je ne pars jamais d’un scénario écrit à l’avance, contrairement à ce qui se pratique souvent avec des adolescents ou des adultes. Je préfère partir d’une situation réellement vécue dans le groupe, comme la dispute du banc, rejouée à chaud ou peu après, tant qu’elle reste fraîche dans les mémoires.

La scène initiale doit rester courte, une minute suffit largement, et suffisamment simple pour que les enfants en comprennent immédiatement les enjeux. On la rejoue une première fois telle qu’elle s’est produite, puis on demande au groupe ce qu’ils ont observé, ce qu’ils ont ressenti en regardant. Ensuite seulement, on propose à un enfant volontaire de remplacer un des personnages et de tenter une autre issue.

Il n’est pas nécessaire d’avoir un espace dédié ou du matériel particulier. Un coin de salle dégagé, où les autres enfants peuvent s’asseoir face à la scène, suffit amplement pour matérialiser l’espace de jeu.

Une nuance importante à garder

Cette activité ne convient pas à toutes les situations de conflit. Pour des tensions très récentes, encore vives émotionnellement, rejouer la scène immédiatement peut raviver une blessure plutôt que la dépasser. Il vaut parfois mieux laisser un peu de temps avant de proposer cette reconstitution, le temps que les émotions les plus fortes redescendent.

Et il faut rester attentif à ne jamais transformer cette activité en jugement déguisé de l’enfant qui a eu le comportement initial. L’objectif n’est pas de le pointer du doigt devant le groupe, mais d’ouvrir collectivement un espace où d’autres façons de faire deviennent imaginables, pour lui comme pour tous les autres.

Ce que j’en retiens

Ce qui me touche, dans cette pratique, c’est qu’elle ne prétend jamais résoudre un conflit une fois pour toutes. Elle ouvre simplement une possibilité, qui ne sera pas systématiquement reprise telle quelle dans la vraie vie. Mais avoir vu, incarné, une autre issue possible, ça laisse une trace.

On ne le voit pas toujours immédiatement. Mais ça travaille, quelque part, bien après que la scène se soit terminée.

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Portrait d'Asma

Asma

Je suis animatrice diplômée BPJEPS LTP et formatrice BAFA en Île-de-France. Mon parcours, je l'ai construit sur le terrain auprès d'enfants et d'adultes en situation de handicap, dans des séjours adaptés, aux côtés de structures qui cherchaient à faire autrement. Ce que j'ai appris de toutes ces expériences, c'est qu'aucune méthode ne vaut si elle ne vous ressemble pas. C'est dans cet esprit que j'écris ici, avec soin, avec précision, et sans prétendre avoir le dernier mot.

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