Une activité maquillage en séjour, un groupe d’enfants de six à neuf ans. Un garçon de sept ans s’approche du coin miroir avec une assurance tranquille, choisit le rouge, dessine soigneusement une cicatrice de pirate sur sa joue, puis s’arrête, se regarde, et tourne la tête pour vérifier que les autres voient bien qui il est devenu.
Ce qui se passait là n’avait rien à voir avec le produit utilisé. C’était quelque chose de beaucoup plus ancien : le plaisir de se transformer, d’occuper provisoirement une autre identité, de tester ce que ça fait d’être quelqu’un d’autre.
Quand on parle de maquillage bio pour enfants, on parle presque toujours du produit. Je vais en parler aussi, parce que ça compte. Mais je veux commencer par là : par ce que ce geste ouvre chez un enfant, avant même d’ouvrir la palette.
Ce que le maquillage fait à un enfant qui s’y essaie
Le maquillage est l’un des jeux symboliques les plus anciens et les plus répandus dans les cultures humaines. On se couvre le visage pour devenir quelqu’un d’autre, pour appartenir à un groupe, pour marquer un rite de passage. Chez les enfants, ce besoin de transformation provisoire est particulièrement vif entre quatre et dix ans, période où l’identité se construit notamment par l’imitation et le jeu de rôle.
Ce qui se joue devant le miroir avec un crayon de maquillage est rarement superficiel. L’enfant explore ce que ça fait de ressembler à un autre personnage, ce que les autres voient quand il change de visage, comment son corps peut devenir quelque chose de différent de l’ordinaire. C’est souvent là que tout se joue, dans ce regard dans le miroir qui n’est pas tout à fait le sien.
Dans les contextes d’animation, j’ai utilisé le maquillage avec des enfants très différents, y compris des enfants ayant des difficultés à trouver leur place dans le groupe. Le fait de devenir un lion, un clown ou un super-héros le temps d’une après-midi change parfois quelque chose dans la façon dont l’enfant se tient, comment il parle, comment il est regardé par les autres. Cette dimension de transformation par le corps rejoint d’ailleurs ce que j’ai observé dans les ateliers de théâtre-forum : quand un enfant incarne un autre personnage, il se permet des façons d’être qu’il n’autorise pas à son « vrai » moi. Ce n’est pas magique. Mais ce n’est pas anodin non plus.
Pourquoi le bio compte vraiment pour ce type de produit ?

La peau des enfants n’est pas une version miniature de la peau adulte. Elle est plus fine, sa barrière cutanée est moins imperméable, et les substances qu’elle absorbe y pénètrent plus facilement. Ce qui est inoffensif sur la peau d’un adulte peut provoquer des rougeurs, des démangeaisons ou des réactions allergiques chez un enfant, particulièrement sur le visage, là où la peau est la plus réactive.
En 2014, une enquête de l’UFC-Que Choisir mettait en garde les parents contre des maquillages de déguisement pour enfants contenant des substances potentiellement problématiques. En 2016, 60 millions de consommateurs soulignait l’absence de réglementation spécifique pour ce type de produit. Ces alertes ont poussé certaines marques à développer des gammes formulées avec des ingrédients d’origine naturelle, certifiées par des organismes indépendants.
La certification Cosmos Organic, décernée par des organismes agréés comme Cosmecert, est aujourd’hui l’une des plus fiables pour vérifier qu’un produit cosmétique est réellement bio. Namaki, marque française fondée en 2013, a été pionnière sur ce segment et reste une référence connue. Ses produits sont formulés à base d’eau, certifiés Cosmos Organic, testés dermatologiquement et s’enlèvent à l’eau tiède sans démaquillant agressif.
Pour les familles qui souhaitent choisir un produit, quelques critères concrets : une liste INCI (la liste d’ingrédients réglementaire) courte et lisible, l’absence de parabènes, de PEG, de parfums synthétiques et de microplastiques, et la mention du test dermatologique sur l’emballage.
Ce qui ne fonctionne pas de la même façon pour tous
Avez-vous déjà réfléchi à la façon dont le maquillage pour enfants est encore souvent présenté comme une activité principalement féminine, à travers les packagings roses, les thèmes princesses, les coffrets ciblant explicitement les filles ?
Je soulève la question sans drama, parce que je crois qu’elle vaut la peine d’être posée. Dans mes années d’animation, j’ai vu autant de garçons que de filles passionnés par le maquillage de déguisement, et l’inverse ne m’a jamais choquée non plus. Certaines filles n’ont aucun intérêt pour ça, et c’est tout aussi juste. Ce qui me préoccupe davantage, c’est quand l’activité devient un vecteur de pression de genre plutôt qu’un espace d’exploration libre.
Ça dépend vraiment de la façon dont on la propose : avec un accès ouvert à tous, sans commentaire sur « qui devrait » s’y intéresser, et avec une égale légitimité pour le pirate maquillé en rouge et la ballerine maquillée en rose.
Ce que j’en retiens, en pratique

Dans le cadre d’une animation, je ne propose jamais le maquillage comme une obligation. C’est une invitation. Certains enfants s’y précipitent, d’autres regardent depuis le bord, d’autres encore ne s’y intéressent jamais. Cette variabilité est normale, et elle n’a rien à voir avec l’âge ou le genre.
Pour les parents qui souhaitent proposer cette activité à la maison, quelques repères pratiques : préférez les produits à base d’eau, qui s’enlèvent facilement sans frotter, à partir de l’âge indiqué sur l’emballage (généralement trois ans pour les gammes les plus douces). Faites un test cutané sur le poignet avant la première utilisation si l’enfant a une peau sensible ou des antécédents allergiques.
Et puis, laissez-le faire. Le maquillage appliqué de travers, le nez rouge qui déborde sur la joue, le clown qui ne ressemble à rien : c’est exactement là que l’enfant est le plus lui-même. On ne le voit pas toujours comme ça. Mais ça travaille, dans ce regard dans le miroir, quelque chose qui dure bien après que le maquillage est parti.
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Asma
Je suis animatrice diplômée BPJEPS LTP et formatrice BAFA en Île-de-France. Mon parcours, je l'ai construit sur le terrain auprès d'enfants et d'adultes en situation de handicap, dans des séjours adaptés, aux côtés de structures qui cherchaient à faire autrement. Ce que j'ai appris de toutes ces expériences, c'est qu'aucune méthode ne vaut si elle ne vous ressemble pas. C'est dans cet esprit que j'écris ici, avec soin, avec précision, et sans prétendre avoir le dernier mot.
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